Pourquoi le sang des règles est-il si tabou ?

Ça s’est passé au Kenya. Jackline Chepngeno, âgée de quatorze ans se rendait au collège sans savoir qu’elle avait ses règles. Lorsqu’elle s’en est aperçu, il était trop tard, ses vêtement étaient tachés. Elle a donc interpellé sa professeure, qui l’a mise à la porte en lui disant devant toute la classe qu’elle était sale. Une humiliation publique qui a conduit la jeune fille à se suicider quelques heures plus tard.

Cette terrible nouvelle, vous en avez surement entendu parler, c’était en septembre 2019. Comme nous, vous avez peut-être ressenti de la tristesse et puis de la colère. Et cette colère a fait place à l’indignation totale. Aujourd’hui, nous avons décidé de prendre la parole pour briser le tabou des règles afin que cette atrocité ne se reproduise plus jamais !

Cet article n’a pas été une mince affaire à rédiger. Dans l’équipe So’Cup, s’il y a bien une chose qui nous réunit, c’est la joie de vivre. Une joie qu’on essaye de vous transmettre tout en vous informant. Mais comme vous pouvez l’imaginer, le tabou des règles est loin d’être un sujet fun. Alors ne nous en veuillez pas trop si notre ton est parfois dramatique ;)

Le sang des règles, celui dont on ne doit pas parler

Vous ne le savez peut-être pas, mais le tabou des règles ne date pas d’hier ! Il existe de multiples croyances sur le sang menstruel dans le monde entier. Des croyances totalement fausses, qui ont conduit à passer les règles sous silence et à en faire un tabou, qui perdure encore aujourd’hui.

« Cachez ce sang que je ne saurais voir »

C’est un fait ! Les menstruations sont un sujet dont on ne parle pas. Vous vous rappelez la dernière fois que vous avez essayé de discuter de vos règles à table, un dimanche autour d’un bon repas en famille ? Si la réponse est non, sachez que nous ne sommes pas étonnés !

Si les menstruations sont si taboues, c’est parce que le sang menstruel est depuis toujours considéré comme impur et même parfois maudit (on marche sur la tête, non ?).

Contrairement au sang lié à la vie et à la mort, sacré dans de nombreuses religions, celui des menstruations, plutôt lié à la sexualité, a été longtemps considéré comme une malédiction. Ce sont en grande partie les hommes – même si de nombreuses femmes ne sont pas en reste - qui ont fixé les règles du jeu (dans tous les sens du terme) en proclamant le sang féminin comme étant impur et annonciateur de malheurs. Pourtant, s’il existe de nombreux mythes autour des règles, ceux-ci ne sont que le reflet des angoisses de ceux et celles qui les ont créés !

Et toutes les époques et civilisations sont concernées par ce tabou. Même notre société occidentale et moderne contribue à la perception négative du sang menstruel. Vous ne nous croyez pas ? Lisez bien ce qui suit, alors !

Vous remarquerez par exemple, qu’aujourd’hui encore, on a du mal à dire simplement « j’ai mes règles ».

Partout dans le monde, on retrouve des expressions pour parler des menstruations toutes plus imagées les unes que les autres. Certaines sont douces et poétiques « avoir ses lunes » (France) « mes fleurs » (Irlande) « appeler le printemps » (Chine », d’autres sont à l’opposé « La guerre a éclaté dans la cuisine » (Pays-Bas) « avoir la malédiction » (USA) « J’ai la frustration masculine » (Danemark).

Et dans une société où tout passe par l’image, le secteur du marketing n’hésite pas à maintenir ce tabou. Même si on assiste à quelques améliorations, les publicités nous rappellent sans cesse que l’on ne doit pas parler de nos règles et encore moins les montrer (souvenez-vous que le sang dans les pubs était représenté par du liquide bleu il n’y a pas si longtemps).

On nous conditionne depuis notre tendre enfance à cacher notre sang, nos douleurs et nos protections tous les mois. Pourquoi ? Pour ne pas heurter la sensibilité de ces messieurs ? Oui, mais pas que, puisque c’est un fait, les femmes aussi perpétuent ce tabou !

Que celle qui n’a jamais caché son tampon dans sa manche pour aller changer sa protection menstruelle aux toilettes nous jette la première pierre…

culotte menstruelle Socup - tabou des règles

La face cachée du tabou des règles

Ces croyances, ces mythes et surtout le manque de communication et d’informations au fil des époques ont largement renforcé le dégoût des hommes pour le sang menstruel, mais aussi des femmes.

Une fille devient une femme lorsqu’elle a ses premières règles. Tandis qu’un garçon devient un homme, lorsque son sperme pénètre le corps d’une femme. Un fluide devient symbole de la honte, pendant que l’autre devient symbole de force. Voilà sur quoi notre société est aujourd’hui basée. On apprend aux femmes à avoir honte de leur corps, de ce qu’il produit, alors qu’on encourage les hommes à utiliser leur sexe pour s’affirmer et prendre le pouvoir.

Le tabou des règles contrôle depuis longtemps la place des femmes dans la société. Elles n’ont pas le droit à la même éducation, pas le droit d’être ambitieuse, pas le droit de s’émanciper. Bref, on leur refuse le pouvoir et l’indépendance quelle que soit la situation. Vous l’avez déjà remarqué vous aussi ?

Même leur parole est sans cesse remise en cause. Nous sommes certaines que vous avez déjà entendu quelqu’un vous dire « qu’est-ce que t’as, t’as tes règles ? ». Rassurez-vous, nous aussi, on a eu des envies de meurtre à ce moment-là ! Et c’est normal. Cela sous-entend qu’une femme ne peut être rationnelle, qu’elle est forcément victime de ses hormones donc de son corps.

Car il est bien là le problème. Les femmes subissent encore et toujours des injonctions sur leur corps mais aussi sur leur façon de se comporter. Pas étonnant que nous n’ayons pas confiances en nous ! On (aussi bien les hommes que les femmes) nous apprend depuis notre plus jeune âge à avoir honte de ce que nous sommes et à nous comparer les unes aux autres (diviser pour mieux régner). Résultat ? Nous passons la majorité de notre temps à essayer de modifier notre corps et notre comportement pour correspondre à une norme de la « féminité » que la société tente de nous imposer.

Et si nous pointons du doigt ces injonctions, c’est parce qu’elles mettent en péril notre santé. Anxiété, dépression, trouble du comportement alimentaire, phobie sociale, pour ne citer que quelques exemples, notre santé mentale et physique sont directement liées à toutes ces injonctions.

Sans oublier toutes les maladies liées aux règles que nous ne savons pas traiter car nous n’avons jamais pris la peine de nous y intéresser : douleurs de règles, syndrome prémenstruel, syndrome du choc toxique, endométriose et la liste est encore longue !

Brisons le tabou des règles !

Pour briser le tabou des règles, il est essentiel de savoir de quoi on parle. Pour bien lutter, il faut être bien informé, et c’est pourquoi nous avons décidé de vous donner quelques clés en rétablissant la vérité sur le sang menstruel.

Avoir les bonnes informations sur ce qu’est le sang menstruel contribue fortement à affaiblir ce tabou. Mais il ne suffit pas de faire l’éducation menstruelle des jeunes filles, non, il est essentiel d’éduquer également les garçons afin de redonner toute sa normalité aux règles.

Voilà donc 4 questions-réponses sur le sang des règles pour remettre les choses (et les gens par la même occasion) à leur place !

  1. Les règles sont-elles naturelles ? Les menstruations sont l’ensemble de phénomènes physiologiques !
  2. Pourquoi saigne-t-on ? Les menstruations sont le signe visible du bon fonctionnement du corps. On saigne car les parois de notre utérus (qui s’était préparé à recevoir un fœtus) se détachent lorsqu’aucun spermatozoïde n’est venu féconder notre ovule.
  3. Le sang des règles est-il sale ? Que le sang sorte des veines ou du vagin, cela reste du sang !
  4. Les règles rendent-elles les femmes hystériques ? Les douleurs et autres sensations avant et pendant les règles sont dues aux hormones de notre corps. Il y a une explication physiologique à cela, rien à voir avec la folie, l’irrationalité ou autres synonymes avec lesquels certaines personnes aimeraient définir nos actes et nos paroles.

Il existe bien des façons de lutter contre le tabou des règles mais le plus important pour nous est de libérer la parole, votre parole ! Alors si vous souhaitez intervenir, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire sous cet article.

 

Et n’oubliez pas, VOUS avez le pouvoir de faire changer les choses.

Sources :

« Ceci est mon sang, Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font » d’Elise Thiebaut

 

Article rédigé par Sokona, FondActrice.