Précarité menstruelle en France : où en est la lutte début 2021 ?

 

Nous sommes en début d’année, est-ce que ça ne serait pas le moment idéal pour faire un petit bilan de la lutte contre la précarité menstruelle en France ?

Même si nous avions déjà abordé le sujet, les choses évoluent, donc il peut être intéressant de nous demander où nous en sommes aujourd’hui, début 2021.

Qu’est-ce qui a évolué en 2020, qu’est-ce qui stagne, et qu’est-ce qu’il reste à faire ?

C’est parti !

 

Lutte contre la précarité menstruelle : les bonnes nouvelles

 

Décembre 2019

 

L’association « Règles élémentaires » publie sur son site internet : « Le Gouvernement soutient pour la première fois une association œuvrant contre la précarité menstruelle. »

En effet, le Ministère des Solidarités et de la Santé ainsi que la DGCS (Direction Générale de la Cohésion Sociale) ont effectué une dotation de 60 000€ à cette association.

 

Février 2020 : les menstruations s’invitent à l’Assemblée Nationale !

 

Le 11 février, deux députées ont présenté un rapport devant la délégation aux droits des femmes. Il s’agit d’un rapport d’information au sujet des menstruations, avec des recommandations.

 

Sur le site de l’Assemblée Nationale, nous pouvons lire en introduction de ce rapport : « Il peut paraître surprenant, voire déroutant, que soit consacré un rapport à cette thématique des menstruations, s’agissant d’un domaine relevant de l’intimité de chaque femme. Mais derrière ce qui est encore un tabou de notre société, se cachent de réelles problématiques de santé publique. Les règles touchent plus de la moitié de la population mondiale, à un moment de leur vie, ce qui en fait naturellement un sujet d’intérêt général. »

 

Il s’agit là d’une grande avancée, car à force de considérer les règles comme « relevant de l’intimité de chaque femme », on ne s’intéresse pas aux problèmes globaux, systémiques, de santé publique, et par conséquent les tabous et les inégalités ont toute la place pour prospérer !

 

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Quelles sont les recommandations évoquées dans ce rapport ?

 
1/ L’éducation

Les règles apparaissant de plus en plus tôt, aussi il est recommandé d’aborder le sujet dès la classe de 6ème, en le dissociant au départ de l’éducation à la sexualité.

 

2/ La composition des protections périodiques

Etiez-vous au courant que les fabricants de protections périodiques n’ont pas d’obligation d’indiquer leur composition ? Aussi, lorsque l’on cherche à savoir de quoi sont composés exactement les serviettes et les tampons vendus par millions chaque année, nous sommes réellement confrontés à un voile opaque.

Le rapport préconise donc que les compositions soient indiquées clairement sur les sites internet des marques et sur les emballages.

 

3/ Des mesures pour lutter contre le syndrome du choc toxique et l’endométriose

Quand on connait le parcours du combattant qui a souvent lieu pour découvrir l'endométriose, on ne peut que s'en réjouir !

 

4/ Des mesures pour lutter contre la précarité menstruelle

Mise à disposition de protections intimes dans les lieux publics (gares, hôpitaux, pharmacies, etc…), vigilance accrue concernant les femmes détenues et les femmes en situation de précarité, etc...

 

Attention : mise à disposition ne signifie pas gratuité, mais le rapport préconise la création de cartes prépayées qui pourraient être distribuées par le service public afin d’avoir accès à ces distributeurs.

On aurait souhaité que le terme "personnes menstruées" remplace "les femmes" dans ce rapport pour encore plus d'inclusivité !

 

Décembre 2020

 

Le ministre de la Santé a annoncé le 15 décembre dernier que le gouvernement va octroyer 5 millions d’euros à la lutte contre la précarité menstruelle, avec une priorité donnée aux femmes incarcérées, aux femmes en situation de précarité et aux collégiennes / lycéennes.

 

D’après le gouvernement : « Ce budget viendra “soutenir” les collectes associatives, “développer” la mise à disposition gratuite de protections périodiques dans des établissements scolaires, pour les femmes détenues ou dans le cadre des maraudes et des accueils de jour auprès de femmes hébergées ou à la rue. Il permettra en outre de proposer ces produits d’hygiène ”à prix symbolique” dans les épiceries solidaires. »

 

taxe tampon précarité menstruelle

 

Le cas de la « taxe tampon »

 

Jusqu’au 1er janvier 2016, les protections menstruelles étaient taxées à 20%, comme les produits de luxe ! Ce n’est qu’après une deuxième lecture (la première ayant été refusée…) que la TVA sur ces produits a été portée à 5,5%, comme tous les produits de première nécessité.

Aujourd’hui, plusieurs associations et personnalités réclament une TVA à 0% pour les protections périodiques.

 

Quelle avancée chez nos voisins ?

 

Bien sûr, impossible de terminer cet article sans parler de l’avancée spectaculaire de l’Ecosse au sujet de la précarité menstruelle !

Depuis février, nous guettions l’avancée de la proposition de loi sur l’accès gratuit et universel aux protections périodiques : le 24 novembre dernier, le parlement écossais l’a validée A L’UNANIMITE (ça fait rêver !) Rapide et efficace !

Ainsi, même si dans les faits, les protections étaient déjà en accès libre dans les écoles, les universités et d’autres endroits publics, cela est maintenant inscrit dans la loi.

C’est une très belle consolidation et une belle victoire !

 

Le combat contre la précarité menstruelle en résumé

 

Cela fait un environ deux ans que le sujet de la précarité menstruelle s’invite dans les hautes sphères de décisions.

Même si on peut bien sûr déplorer que les choses n’avancent pas bien vite, une chose est sûre quand-même : elles avancent !

Le travail des collectifs féministes et des associations est extraordinaire, c’est un travail de fourmis qui fait avancer les choses en profondeur.

En 2021, à nous de suivre la concrétisation des déclarations de notre gouvernement, et de continuer à parler encore et toujours de ce phénomène, afin qu’il ne soit plus un tabou et qu'une loi soit enfin votée pour des protections menstruelles gratuites et saines.

 

Article rédigé par Marie